31 mai 2005
Quand Charlotte s'en va...
La vie de demandeur d'asile est un calvaire quotidien, passe et present.
Ce statut est sans doute l'une des condition les plus devastatrices qu'un etre humain puisse un jour avoir a endurer. Etre demandeur d'asile, puis refugie, c'est :
_Fuir son pays sous les menaces de mort, laissant souvent ses proches dans une situation de dangers permanents et reels, et sans anticiper un avenir a jamais different.
_Avoir subi dans la plupart des cas des discriminations morales et des agressions physiques (je sais aujourd'hui ce qu'on appelle torture, pour l'avoir entendu de la bouche de personnes a jamais affectees dans leur corps et leur esprits).
_Se retrouver depourvu de tout dans un pays etranger, traumatise par son passe, en grande souffrance physique la plupart du temps liee aux conditions de la fuite et aux tortures, a devoir a la fois gerer un choc culturel rendu d'autant plus agressif par le caractere subi de la situation.
_Compter sur la generosite de personnes rencontrees au hasard des evenements pour survivre, et mener une vie de mendiants aupres des eglises, des associations et des centres susceptibles de vous aider.
_Abandonner un passe qui a fait jusqu'a aujourd'hui toute votre vie et que l'on aurait jamais pense a delaisser un jour : une famille, des amis, un travail. Tenter de se reconstruire une vie, ailleurs.
Charlotte et sa petite famille, Dimanche 29 Mai 2005, 2 jours avant le depart pour une reinstallation en Suede prise en charge par les Nations Unies. Charlotte et ses deux filles, 9 mois apres leur arrivee en Thailande, et ses violes a repetition au Congo et au cours de sa fuite. Charlotte et son jeune epoux, qui a finalement retrouve la trace de sa femme apres avoir lui-meme endure des persecutions innommables... Charlotte et sa petite famille, a jamais tenues eloignees de leur pays natal pour avoir soutenu le combat democratique et des droits de l'Homme pour tout un peuple.
J'ai rencontre Charlotte des mes premiers jours a NCCM : deprimee, seule avec ses deux filles agees de 1 et 4 ans, tres fragile psychologiquement et en proie a des absences repetitives. Beaucoup la prenaient pour folle, face a ses crises et a ses exces de colere lies a l'incomprehension, a la souffrance et a la peur. Tres vite, nous nous sommes parles, notre langue commune nous a rapproche et unie. Toutes les semaines, nous avons pleure et ri toutes les deux, partageant notre histoire et notre force de vie.
En ce dimanche de Mai, seuls des sourires et une reconnaissance deconcertante ont fait surface, apres les mois de leurs galeres quotidiennes pour subvenir aux besoins les plus elementaires et survivre a Bangkok.
Et tres bientot, ces deux petites puces vont pouvoir aspirer a une vie normale, faite de rires et de jeux.
C'est la magie du processus des Nations Unies lorsqu'il fonctionne. Lorsqu'il fonctionne...
Sa Wad Dee ka ;-)
13 avril 2005
La ou personne n'a invente l'ecole...
Bonjour a tous !!
Me voila de retour a Bangkok apres une seconde semaine a Chiang Mai, centre cette fois-ci, dans le cadre de mon boulot. Au programme : aller a la rencontre des orphelins des bidonvilles de la ville, et soutien scolaire... Il faut savoir que ces enfants n'ont pas de nationalites precises, n'ayant le plus souvent pas ete reconnus officiellement lors de leur naissance. Ce "detail" est aujourd'hui la cause d'un probleme majeur en Thailande, pour ces populations hors-normes : sans papier et sans nationalite, la porte des ecoles, notamment Thaies, ne leur sont pas ouvertes...
Depuis que je suis arrivee ici, et plus precisement a NCCM pour mon stage, je me suis rapidement focalisee sur le probleme de la scolarisation des enfants de refugies, apres un "declic" et un coup de coeur lorsque je suis allee visiter des ecoles a Mae Sod, dans un camp de refugies birmans a la frontiere ouest du pays. Cela m'amene aujourd'hui a rentrer en contact avec des ecoles de Bangkok, afin de leur demander un soutien et l'accueil potentiel de ces enfants entre leurs murs... Completement deracines, certains de ces enfants, ages de 3 a 16 ans, ne recoivent plus de scolarisation depuis des annees, et d'autres n'ont jamais eu la chance de s'y rendre. Car il faut bien se rendre compte qu'au dela d'une education, l'ecole est susceptible de leur donner un equilibre de vie et une socialisation, avec des horaires qui rythment le quotidien, et des compagnons de jeux.
C'est cette raison qui m'a conduite a Chiang Mai a la rencontre de ces orphelins : NCCM possede la-bas un second office au sein duquel les deux responsables tentent d'organiser un minimum de scolarisation pour les enfants de bidonvilles de la ville. Maintenant que je sais de quoi il retourne, a moi de jouer pour trouver des idees et des contacts pour offrir a ces enfants le maximum de soutien possible. C'est un peu la regle dans le travail en ONG : libre cours a l'imagination et aux initiatives, seul le resultat effectif compte !
Vous me suivez ??! On est parti : Chiang Mai, semaine du 4 au 8 avril, Bienvenus a "l'Ecole"... Pas de chance, il a plu la veille, cela accentue encore plus la precarite des lieux. Remarquez tout de meme que nous sommes attendus !
Quelques petites frimousses pour faire oublier le reste !
Un peu de serieux, s'il-vous-plait ! On travaille, ici...;-)
Et quand l'ecole est finie... Petite pose pour la posterite !!!
Une facon de nous rappeler aussi que le systeme en France n'a pas que des defauts !
Sa Wad Dee ka ;-)
17 mars 2005
Refugies birmans... La fin d'un chapitre ?
Sa Wad Dee ka !
Je viens d'apprendre juste aujourd'hui que les premiers signes du printemps commencaient a se manifester en France... Une bonne chose tout de meme quand on pense que nous sommes deja a la mi-mars bien sonnee ! De mon cote, je commence a experimenter "l'ete thailandais", meme si celui-ci devrait en toute logique se faire attendre encore 2 bons mois... de quoi se mettre dans l'ambiance et se "rafraichir" les idees cependant : j'ai en effet eu droit hier matin a ma premiere averse thailandaise... Memorable !!! Nos averses, a cote, c'est du pipi de chat (pardonnez l'expression, ca doit etre un truc de famille) !
Bref, ce n'est pas pour vous parlez de la pluie et du beau temps que je vous laisse un message aujourd'hui. Je voudrai tout d'abord vous demander votre indulgence : le distributeur de blog sur lequel je diffuse vient de reconfigurer totalement sa presentation. Dans cette mesure, je dois faire face a quelques bugs de "mise en route", le temps que le webmaster remette tout en place : vous serez donc prives de photos grand format quelques jours... Cependant, je voudrai egalement profiter de cette occasion pour vous faire part d'une actualite toute recente qui touche la Thailande, totalement delirante a mon sens :
Par une decision datant de 2003, le gouvernement thailandais a decide de rapatrier tous les refugies birmans presents dans le pays dans les nombreux camps se trouvant sur la frontiere birmane. L'echeance pour l'application effective de cette loi a ete fixee au 7 mars de cette annee. Peut-etre que cette nouvelle ne vous apparait pas dans un premier temps particulierement preoccupante, ou encore difficilement realisable. Et je pense personnellement que le gouvernement thailandais s'est lui-meme laisse prendre au piege de l'apparente facilite de ce "deplacement interne massif de personnes"... En effet, depuis le debut de l'annee 2005, une nouvelle date limite a ete designee, repoussant au 31 Mars la prise en compte du nouveau statut de ces birmans.
Evidemment, toutes les ONG preoccupes par la situation des refugies ont ete mises a contribution et requisitionnees pour aider a l'application de cette decision... Ou comment se debarrasser du sale boulot !! Nous avons donc recu nous aussi, a NCCM, un nombre incroyable de lettres officielles provenant du Ministere de l'Interieur thailandais, nous invitant a mettre en route le processus d'evacuation de ces populations "genantes", sous la forme d'une assistance et d'un devoir d'information effectif a leur encontre. Et pour reprendre les termes exacts de l'une de ces lettres, signe de la main du Ministre de l'Interieur actuellement en fonction (et qui deshonore selon moi tout un pays...) :
"A compte du 31 Mars 2005, tout refugie birman present sur le sol thailandais sera dechu de son statut de refugie, et par consequent, de tous les droits correspondant a ce titre. Il sera alors considere aux yeux du gouvernement et des autorites thailandaises comme un immigre en situation illegale. Par consequent, tous les traitements, abus, et persecutions usites pour tout individu evoluant dans le pays dans ces conditions, pourront, et devront etre appliques de maniere systematique, sans aucune possibilite de recours".
Si je vous fais part de cela aujourd'hui, c'est que ma revolte contre le gouvernement thailandais est immense face a cette decision, et que je trouve intolerable qu' a notre epoque, un pays se declarant "actifs dans la defense des Droits de l'Homme" puisse encore se laisser guider par des querelles historiques et etre ainsi aveugler par la rancoeur...
Hier encore, j'ai participe a une visite dans une communaute birmane a la frontiere nord de Bangkok... Une facon supplementaire de constater que les prochaines semaines vont etre marquees par des violations manifestes des Droits de l'Homme, et par des actes de violences morales et physiques indefinissables : car il est clair, a la vue de ces familles, que leur preoccupation actuelle est bien loin d'un eventuel "demenagement", mais consiste uniquement a la recherche de moyens de "survie", au quotidien.
Quand l'impuissance vous explose a la figure...
05 mars 2005
Jeudi... jour des condamnes
Bonjour France, pays des Libertes individuelles, de l'Egalite face a la loi, et de la Fraternite entre les citoyens...!
Quoi, vous n'etes pas convaincu ?? Qui est deja en train de ricaner dans un coin ?!!!
Je crois que pour toute chose, il existe deux mesures : celle qui consiste a observer une situation et a l'evaluer au regard de ses jugements et de ses propres considerations culturelles et nationales, et celle qui consiste a eclairer sa vision des experiences etrangeres. Si la France est loin d'etre a la hauteur de son fameux slogan, peut-etre faudrait-il cependant prendre un peu de recul... C'est ce que je vous propose de faire aujourd'hui au travers d'une experience incroyable que j'ai decouverte ici : la visite de condamnes dans les prisons urbaines de la ville de Bangkok.
Decouverte d'un monde carceral repressif et abusif, ou Liberte, Egalite, Fraternite, ont ete abandonnees sur le pas de la porte, massive et verrouillee...
Prison pour hommes de Klong Prem, jeudi 3 Mars 2005, 8h du matin.
Comment parler "prisons et exces" en Thailande, sans parler de DROGUES. C'est par cette entree que je souhaiterai aborder cette question. Il faut en effet savoir qu'une majorite des condamnes presents dans ces prisons subissent des sentences pour possession, trafic, ou "suspicion" de trafic de drogue : la plupart pensait trouver un echappatoire a une vie extremement difficile dans leur propre pays, frappe par la pauvrete ou les conflits ethniques et politiques, en Afrique (Congo, Benin, Algerie...) et en Asie (Malaisie, Nepal, Vietnam...) particulierement.
Sans entrer dans le details du systeme des prisons thailandaises, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, et que je decouvre de semaines en semaines au travers des confidences des prisonniers, je pense qu'il faut d'abord comprendre ou se situe ce pays par rapport au reste du monde, en terme de position ideologique et de repression des trafics de drogue :
L'ensemble des pays membres des Nations unies se sont engages a reprimer la trafic et l'usage des drogues. Cependant, les conventions internationales relatives au controle des drogues laissent le soin aux Etats de decider de l'ampleur des penalites infligees, et les legislations different amplement d'un pays a un autre, en fonction de leur propre position de producteur de drogue, et de leur contexte judiciaire et politique. Si l'Europe reste un exemple en terme de tolerance, et tend a entrainer dans son sillage la Russie et la Canada, l'on peut pretendre sans trop s'avancer que la tendance mondiale en la matiere n'est pas a la tolerance : entre 1985 et 2000, a titre d'illustration, le nombre de pays pouvant imposer la peine de mort pour trafic de drogue est passe de 22 a 34, selon l'Organe international de controle des stupefiants, l'Oics, meme si l'application de cette peine n'a ete effective que dans une dizaine de ces pays ces dernieres annees, particulierement en Asie.
La Thailande n'a que tres rarement depasse le stade de la sentence en terme de peine de mort, mais la quasi-totalite des condamnes de la drogue sont aujourd'hui en prison avec des peines a perpetuite. Un de nos roles en tant que volontaires est donc aussi de contacter les gouvernements des pays des prisonniers, en leur demandant notamment des courriers de soutien personnalises, et des demandes officielles de reduction de peine aupres des autorites thailandaises. Et il n'est pas si rare de parvenir a faire changer le niveau de la condamnation lorsqu'un gouvernement accepte d'intervenir et de soutenir un individu, meme si le nombre des annees a accomplir reste encore souvent demesure, se comptant en dizaines d'annees...
Une visite etablit un contact. Un contact etablit une relation. Et le service des postes se charge de faire parvenir le courrier ! Quand des prisonniers prennent leur plume, cela donne des dizaines de lettres en quelques semaines.
Des philosophes ou des poetes, parfois !!! ;-)
15 février 2005
Bienvenu chez nous, immigres birmans de Bangkok...
Initiation culinaire, debat politique, agitation festive...
Il me semble, au regard de cette liste, que cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas parle boulot ! Il faut tout de meme que je m'y plonge a present, non seulement parce qu'il y a beaucoup a dire, mais aussi parce qu'il me tarde de vous faire partager un peu tout cela. Et puisqu'il fallait bien commencer quelque part, aujourd'hui : "visite de communautes" !
C'est ainsi que l'on nomme, dans l'activite humanitaire, le suivi des familles d'immigres que les ONG prennent en charge. Au sein de l'organisme dans lequel je travaille, nous avons environ une trentaine de familles dans nos fichiers, a qui nous tentons d'apporter soutien materiel, psychologique et alimentaire... dans la mesure de nos propres moyens financiers ! Autant dire qu'il faut voir grand avec un rien...
Concretement, lorsque des immigres se presente a notre organisme, ils n'ont rien. Plus de 90 % d'entre-eux sont originaires de la Birmanie, et ont fuis leur pays par crainte de persecutions et d'emprisonnement. Il faut savoir que le regime politique au Myanmar (second nom de la Birmanie) est extremement repressif, totalement controle par les forces militaires, et que les tensions et conflits armes sont le lot quotidien de toute un ensemble de minorites ethniques (Shans, Karens et Karennis), soumises a des deplacements internes forces et massifs : des groupes de contestations s'organisent, mais les commanditaires sont inlassablement arretes, tortures, puis tues. Les enfants sont descolarises, enroles des le plus jeune age (des 8 ans parfois) dans des troupes militaires ou ils sont formes a la guerre et aux idees politiques repressives.
La question birmane est LA problematique majeure des immigres en Thailande : le chiffre reel des "refugies" de groupes ethniques venant de Birmanie doit se situer aux alentours de 300 a 400 000 personnes, chiffre qui semblerait augmenter selon le directeur d'une ONG d'environ 2000 nouvelles entrees chaque mois. Plusieurs ONG occidentales, dont le Burmese Border Consortium, l'Union Europeenne et le Haut Commissariat aux Refugies des Nations Unis (UNHCR), tentent de subvenir aux besoins humanitaires des refugies repertories par ce dernier, et sont soutenues par de nombreuses organisations secondaires qui agissent sur le terrain, telle que celle ou je travaille. Pour plus de renseignement sur cette question precise, cliquez ici.
Pour les migrants birmans residant a Bangkok, dans des sortes de bidonvilles aux confins des banlieues, la vie est un combat quotidien pour faire vivre leurs familles, tout en se cachant des autorites thailandaises. Ce qu'ils craignent ? Ne pouvant obtenir le statut de refugies, ni meme celui de demandeurs d'asile (dans la mesure ou le gouvenement thai leur refuse tout simplement pour des querelles historiques qui ont laissee des prejuges extremement vivaces), ils craignent l'arrestation, la deportation forcee en Birmanie, un surplus de taxes foncieres (ou autres) exhorbitantes, ou des travaux forces. Les plus jeunes craignent egalement l'enrolement force dans des commandos militaires, voues a exercer dans des zones a risques. Quel avenir ? C'est la tout le probleme...Aucun : impossible d'etre reconnu en Thailande, ni de retourner en Birmanie. Et les enfants naissant sur le sol thailandais de parents birmans n'auront au final aucune nationalite, ne pouvant etre consideres comme citoyens thailandais, ou birmans. Pas de papiers, pas d'identite. Pas d'identite, pas d'avenir.
Pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela maintenant...? Simplement pour que vous puissiez regarder les images qui suivent avec le minimun de connaissances recquises pour pouvoir evaluer leur portee et leur signification. Et pour que vous compreniez aussi que ce qui semble etre une goutte d'eau dans un ocean est, pour ces familles totalement demunies et sans espoir de changement, une simple question de survie.
Voyage dans un monde bien loin de tout ce que j'avais pu imaginer auparavant :
Une visite : un soutien moral, une reconnaissance humaine, et un sachet de nourriture...
An 2005, Thailande.
28 janvier 2005
Et si on parlait un peu boulot ?!!!
Sa Wad Dee ka tout le monde... Si vous lisez ces mots, c'est peut-etre que les choses vont rentrer dans l'ordre !
Il est temps, je pense, que je vous explique un minimum ce que je fais ici, d'un point de vue plus pragmatique, du moins !!! Et oui, JE BOSSE aussi !!! Et croyez-moi, on est bien loin des bureaux et des ordinateurs qui ont ete le quotidien de mon dernier stage ! Ici, pas le temps de s'ennuyer, sur le terrain ou dans les bureaux, la routine n'existe pas !!! J'ai l'air bien sure de moi pensez-vous...? J'ai mes raisons !
Ici, a NCCM (ceux qui ne comprenne toujours pas, je raccroche !), on partage notre temps entre differentes activites, parfois sur le terrain et en action, parfois dans les bureaux et en reflexions (j'en vois sourire...) :
1) Tout d'abord, NCCM est un refuge. Par consequent, l'une des priorites est de faire fonctionner le quotidien du refuge, qui compte en ce moment 7 jeunes femmes et 7 hommes d'ages divers. Demandeurs d'asile ou refugies politiques selon l'avancee de leur dossier, ce sont des personnes arrivees totalement demunies en Thailande, souvent par le hasard de situations difficiles ( fuite du pays d'origine pour cause de guerre -Irak par exemple-, pour cause de misere -Afrique plus generalement-, ou pour cause de persecutions de la part des autorites ou des gouvernements -suite a des engagements politiques ou religieux contraires au pouvoir en place, cas du Sri-Lanka, de la Birmanie, de la Coree...- ). Elles ne peuvent rester en ville seules sous peine de se faire arreter ou persecuter par les autorites thailandaises. Et elles ne peuvent pas travailler et gagner de quoi survivre, vivant dans une situation irreguliere. L'office leur apporte du temps et de l'espoir. Foyer, repas, vetements, sont le strict minimum a prendre en charge, et les volontaires, comme moi, essaient de rendre le quotidien deces lieux moins repetitif ou deprimant... Certains sont la depuis plusieurs annees, sans oser sortir par crainte des autorites. Evidemment, le probleme reste toujours le meme : pas d'argent a depenser a l'office, donc recherche continue de moyens de financement (tout est le fait de dons et de subventions, en nature ou en liquide). Croyez-moi, j'ai pu jeter un coup d'oeil sur les finances, et je peux vous assurer que tout est ajuste au centime de Bath pres...
2) Deuxiemement, NCCM est une institution judiciaire. Chaque personne accueillie au refuge a un dossier que NCCM tente de faire avancer, mais des centaines d'autres immigres ont confie leur sort entre les mains de l'organisation. Le foyer ne peut pas recevoir les familles notamment, trop nombreuses. Elles sont alors relogees tant que possible dans les banlieues de Bangkok. Mais chaque jour, une dizaine de cas sont ressortis des tiroirs, relus, annotes, completes... de facon a relancer les demarches et envisager peut-etre un echappatoire : en premier lieu, acquerir le statut de refugies et donc la protection de l'UNHCR, puis trouver une issue de sortie -retour au pays, souvent impossible ; insertion en Thailande ; reorientation vers un tiers pays accueillant- autant vous dire que ce processus s'etale pour 9 cas sur 10 sur plusieurs annees. Mon maitre de stage, M. Dickson, est juriste specialise en droit international. C'est lui qui mene la barque, mettant au pas les petites fourmis actives que nous sommes !
3) Troisiemement, NCCM visite et accompagne des communautes de personnes, souvent des familles, qui vivent soit dans l'attente, soit dans l'illegalite definitive, dans des "maisons" aux frontieres de la ville. On leur apporte soutien et nourriture, parfois des bases scolaires pour les enfants s'ils connaissent l'anglais, et surtout, on s'assure regulierement que leur situation ne s'aggrave pas pour une raison ou pour une autre. C'est un peu l'idee des bidonvilles et des camps de refugies, en fait... des photos prochainement. Il faut savoir que ces visites sont indispensables dans la mesure ou ces personnes ne peuvent vraiment pas se risquer a sortir en ville... trop dangereux.
4) Enfin (en ce qui concerne les activites auxquelles je participe), NCCM est un relai social aupres des prisons de la ville. Chaque semaine, les volontaires se rendent dans differentes prisons de la ville, et visitent des condamnes. Ces rencontres se font dans des parloirs, pendant des temps variables, le but etant d'apporter une distraction, un soutien, parfois de la nourriture ou des soins medicaux, a ces prisonniers dont le quotidien est tres dur en Thailande (maltraitances, malnutrition, discrimination, travaux forces...). On peut alors entretenir une relation suivie avec certaines personnes, par lettres et par des visites plus regulieres. Cela permet egalement de recevoir des informations pour pouvoir ensuite tenter d'intervenir sur certains points particuliers (conditions de vie, besoins administratifs, relai avec les familles...).
Evidemment, j'imagine que tout cela reste bien flou... difficile a imaginer de si loin, je peux le comprendre ! En vous racontant mes periples au fur et a mesure, tout cela devrait peu a peu s'eclaircir...
Mais pour vous rassurer, et vous montrer que ces journees de travail, dont le sujet est grave, sont aussi marquees par des rencontres et des moments incroyables... Exemple par l'image ! :
Ces deux petites demoiselles ont croise mon chemin il y a quelques jours dans la cour du foyer... MAGIQUE !!!
Et croyez-moi... des sourires comme celui-ci, ce sont les gens les plus pauvres qui en sont les plus riches.
A tres bientot ;-)
07 décembre 2004
Une mission, un lieu de stage... c'est une affaire qui roule !
The NCCM -National Catholic Commission on Migration- voilà l'organisme au sein duquel je vais effectuer mon stage dès janvier, à Bangkok. Après de longues semaines d'attentes et d'incertitudes, vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis soulagée de savoir enfin où je vais atterir, et JE SUIS RAVIE !!!
Emblème de NCCM, et pour les curieux : le site
Pour résumer très brièvement l'action de cette organisation, elle s'occupe principalement de réfugiés et de demandeurs d'asile, très nombreux à transiter en Thaïlande dans l'espoir d'y trouver un refuge temporaire. Ils sont principalement originaires du Moyen-Orient, d'Asie Centrale, d'Inde et d'Afrique, et ont quitté leur pays pour persécutions. Il s'agit de leur apporter dans un premier temps les conseils administratifs dont ils ont besoin pour régulariser leur situation, mais aussi de leur assurer un lieu où s'abriter, se nourrir et recevoir des soins médicaux.
Cette organisation défend avant tout les Droits de l'Homme, en aidant ces migrants en situation irrégulière à obtenir le statut de réfugié auprès de l'office de l'UNHCR (the United Nations High Commissioner for Refugees), située à Bangkok. Il faut savoir qu'ils peuvent en effet prétendre à ce titre, qui est un Droit dès lors qu'ils ont fuis leur pays d'origine du fait de "craintes fondées de persécutions, sur des motifs raciaux, de nationalité, de religion, d'opinions politiques ou d'appartenance à un groupe social particulier" (selon les termes de la Convention de l'UNHCR, datant de 1951).
Plus de renseignements : le site de l'UNHCR
Pour ma part, en tant que volontaire, ma mission consistera avant tout à assurer l'accompagnement, la conversation (!) et un soutien moral aux réfugiés et demandeurs d'asile durant leurs différents déplacements à Bangkok, à l'hôpital et à l'office des Nations Unis notamment, et à la visite de certaines prisons de la ville.
Et pour le reste, je serai logée au sein d'une famille Thaï... De quoi découvrir une autre culture, et faire le plein de dépaysement ;-) !!!
Pas plus tard que ce matin, un fin connaisseur de l'Asie, et de la Thaïlande plus particulièrement, m'a dit environ ceci : "Vous avez bien de la chance, mademoiselle, j'échangerai bien ma place pour la votre"... Comptez sur moi, monsieur, je compte bien en profiter...!!
A bientôt, pour quelques nouvelles encore avant le départ...;-)