31 mai 2005
Juste un petit message subsidiaire aujourd'hui :
Bonne lecture a tous les "ES" du Lycee Anna de Noaille d'Evian, et M... pour les epreuves du bac (allez, facile, non ?!)... Une bise a Sylvie bien sur, et de bonnes vacances a tous ;-)
Quand Charlotte s'en va...
La vie de demandeur d'asile est un calvaire quotidien, passe et present.
Ce statut est sans doute l'une des condition les plus devastatrices qu'un etre humain puisse un jour avoir a endurer. Etre demandeur d'asile, puis refugie, c'est :
_Fuir son pays sous les menaces de mort, laissant souvent ses proches dans une situation de dangers permanents et reels, et sans anticiper un avenir a jamais different.
_Avoir subi dans la plupart des cas des discriminations morales et des agressions physiques (je sais aujourd'hui ce qu'on appelle torture, pour l'avoir entendu de la bouche de personnes a jamais affectees dans leur corps et leur esprits).
_Se retrouver depourvu de tout dans un pays etranger, traumatise par son passe, en grande souffrance physique la plupart du temps liee aux conditions de la fuite et aux tortures, a devoir a la fois gerer un choc culturel rendu d'autant plus agressif par le caractere subi de la situation.
_Compter sur la generosite de personnes rencontrees au hasard des evenements pour survivre, et mener une vie de mendiants aupres des eglises, des associations et des centres susceptibles de vous aider.
_Abandonner un passe qui a fait jusqu'a aujourd'hui toute votre vie et que l'on aurait jamais pense a delaisser un jour : une famille, des amis, un travail. Tenter de se reconstruire une vie, ailleurs.
Charlotte et sa petite famille, Dimanche 29 Mai 2005, 2 jours avant le depart pour une reinstallation en Suede prise en charge par les Nations Unies. Charlotte et ses deux filles, 9 mois apres leur arrivee en Thailande, et ses violes a repetition au Congo et au cours de sa fuite. Charlotte et son jeune epoux, qui a finalement retrouve la trace de sa femme apres avoir lui-meme endure des persecutions innommables... Charlotte et sa petite famille, a jamais tenues eloignees de leur pays natal pour avoir soutenu le combat democratique et des droits de l'Homme pour tout un peuple.
J'ai rencontre Charlotte des mes premiers jours a NCCM : deprimee, seule avec ses deux filles agees de 1 et 4 ans, tres fragile psychologiquement et en proie a des absences repetitives. Beaucoup la prenaient pour folle, face a ses crises et a ses exces de colere lies a l'incomprehension, a la souffrance et a la peur. Tres vite, nous nous sommes parles, notre langue commune nous a rapproche et unie. Toutes les semaines, nous avons pleure et ri toutes les deux, partageant notre histoire et notre force de vie.
En ce dimanche de Mai, seuls des sourires et une reconnaissance deconcertante ont fait surface, apres les mois de leurs galeres quotidiennes pour subvenir aux besoins les plus elementaires et survivre a Bangkok.
Et tres bientot, ces deux petites puces vont pouvoir aspirer a une vie normale, faite de rires et de jeux.
C'est la magie du processus des Nations Unies lorsqu'il fonctionne. Lorsqu'il fonctionne...
Sa Wad Dee ka ;-)
25 mai 2005
La tete dans les nuages
Vacances consommees... Retour a l'atmosphere brulante de Bangkok !
Une ville, en effet, qui s'est peu a peu, au fil des annees et de son urbanisation, recouverte d'une epaisse couche de beton : les high ways qui quadrillent l'espace sont de veritables pistes de goudron s'elancant en des courbes majestrales, et les lignes du skytrain s'exhibent dans ce paysage en une imposante apesanteur... Tout nous pousse a nous sentir minuscule dans ce decor surrealiste et parfois apocalyptique, mais les milliers de fourmis humaines qui evoluent dans ce milieu urbain nous rappellent que nous en sommes nous-memes les batisseurs ambitieux.
De trottoirs irreguliers en routes interminables, la vie a Bangkok raisonne le beton et respire la pierre. Et quand la terre au sol a disparu totalement sous son manteau fumant, c'est alors vers le ciel que se jettent les regards et les nouvelles ambitions : s'elever toujours plus haut, pour affirmer sa puissance et afficher sa force... C'est l'apanage des centaines de buildings qui pointent majestueusement vers le ciel dans une ligne parfaite, et se cotoient de place en place dans une competition sauvage. Banques, Centres commerciaux, Bureaux & Business... A chacun sa tour et sa place, sous le soleil de plomb thailandais.
Mais comme la vie est bien faite et que tout le monde n'est pas James Bond, Zinedine Zidane ou Georges Bush (ouf...), la place est offerte aux curieux assoiffes d'horizons infinis, sous la forme de terrasses aeriennes pour s'ennivrer de cocktails et d'etendues troublantes...:
Vous vous trouvez ici au sommet de la STATE TOWER, la seconde tour la plus haute de Bangkok : 811 metres et 68 etages, acheves au cours de 2001. Au premier rang domine la BAIYOKE TOWER 2, qui culmine du haut de ses 1017 metres, et de ses 85 etages.
Et la Chao Phraya en premiere ligne d'horizon, s'il-vous-plait !
Une etude menee par une equipe de professionnel de l'urbanisme sur Bangkok a indique un nombre total de buildings s'elevant environ a 39 000 unites, pour le centre et la proche banlieue. Cette etude met en evidence que "la demande forte pour la construction de tours urbaines a conduit a une augmentation de 8.5% des prix moyens demandes dans l'immobilier dans le centre de la Capitale thailandaise", faisant passer le prix au metre carre de 39 970 bahts a la fin de 2002 a un prix moyen actuel atteignant 43 360 bahts (a savoir 10 000 bahts = 200 euros environ). Et il semblerait qu'un nombre important de nouveaux projets offriraient encore des prix superieurs a cette moyenne...
Mais ce marche en pleine expansion depuis la reprise economique qui a suivi la crise asiatique de 1997 connait egalement des limites : il semblerait que tres prochainement, le marche des buildings ne s'effondre, face a une offre bientot superieur a la demande. Mais du moment que les tours, elles, resistent face aux tempetes...
Pour l'heure, seule la nuit tombe et prolonge le spectacle de ce panorama grandiose. Un verre de rhum-lytchee aura achever de me convaincre que Bangkok est la plus belle ce soir dans sa robe nocturne...
Tchin et... Sa Wad Dee ka !
18 mai 2005
Silence... C'est les vacances !
A tous les lecteurs de Cap'Asie !
Il me semble que je vous dois une petite justification pour mon manque d'assiduite de ces derniers jours (je suppose en effet que vous commencez a saturer du Wat Pho, aussi joli soit-il !)... L'explication est simple : JE SUIS EN VACANCES !!! Et qui dit vacances en Thailande, loin de Bangkok et du boulot, dit PLAGE-REPOS-DODO !
Juste pour vous donner quelques details, je suis de retour a Prachuap (cf page en mars sur ce petit paradis...), a squatter la jolie petite maison de mon oncle en bord d'ocean, et a profiter des joies du "ne rien faire" (ou presque) si cher aux thailandais dans ce type de provinces ou le temps semble s'etre fige... Illustration par l'image d'une journee type :
1) Parvenir a s'extraire "difficilement" du lit... pour se laisser glisser dans une de ces confortables chaises longues de la baie de Ao Manao, une des plus belle de Thailande...
2) Sortir un peu de lecture du fin fond de son sac, rempli a moitie de sable blanc, pour ne pas se laisser rattraper deja par un assoupissement clairement lie a une propension dedoublee a une flemme extreme...
3) Ne pas se laisser aller, et se booster le moral en milieu de journee (euh, deja 15h ??!) avec une delicieuse salade de papaye verte (som tam) "pet nit-noi"... hummm !
4) Et pour finir... Boire une petite biere (Chan, evidemment) en terrasse, vue sur la mer, a deux pas de la maison... Pour mettre un peu de "piment" dans ce Paradis, et apaiser ses demons...;-)
Le bonheur, quoi ! ;-) Sa Wad Dee ka !!!
09 mai 2005
Voyage au pays de Bouddha...
Pause obligee apres tant de semaines en Thailande... Visite d'un Temple Bouddhiste au programme aujourd'hui !
Le Wat Pho, ou Wat Phra Chetuphon comme le designe plus generalement les Thais, est non seulement le plus grand Temple de Bangkok, mais aussi le plus ancien, construit 200 ans environ avant que la ville ne devienne la capitale de la Thailande. C'est par erreur que je m'y suis arretee un jour, pensant visiter alors le Grand Palais... Pas de regrets cependant, je suis tombee sous le charme de ce lieu aussi traditionnelle que surprenant.
Des gardiens inattendues aux allures bien peu thailandaises, vous ne trouvez-pas ??!!! Enfin, ils vous invitent majestueusement a entrer, so... Bienvenue au Wat Pho !
Pour ne pas mourir idiot, voici tout d'abord un plan des lieux. Assez representatif de l'architecture des temples thailandais, vous remarquerez que contrairement a nos eglises catholiques, ce n'est pas l'interieur lui meme du temple principal (a droite) qui est travaille dans des coupes particulieres, mais bien son prolongement sur l'exterieur : ainsi, son pourtour est orne de colonnes et de pavillons nombreux positionnes symetriquement, de facon a donner aux vagabondeurs curieux une sensation de densite et d'amplitude. Et ca marche ! Malgre l'apparente simplicite de la structure, j'eu a plusieurs reprises, en m'y promenant, l'impression de m'etre egaree !!! Ne riez pas, je vous montre :
Les batisseurs thais manient habilement l'art des colonnes, dans un jeu de contrastes et d'illusions d'optique : lorsque je me suis perdue au beau milieu de ces inombrables statuts de pierres, c'est un peu une partie d'echec geante qui m'a semble prendre place tout autour de moi... Sensation d'etourdissement garantie ! Je commence un peu mieux a comprendre le pourquoi des immenses buildings qui parcourent Bangkok... Sans doute un heritage du passe !!!
A cote de ceci, ce sont les couleurs vives et l'agencement des toits qui composent un style typiquement "thailandais". Sans doute too much pour nos yeux pudiques eleves a la sobriete catholique (due bien souvent a l'usure des couleurs plus qu'a un effet de style volontaire, soit dit en passant...), il n'en reste pas moins que cela donne un attrait particulier et sympathique a ces demeures spirituelles :
Arrives a ce stade, il ne faudrait pas que nous oublions l'essentiel... Par definition, le Temple est le lieu de culte de Bouddha, et voit se derouler en son sein l'ensemble des rites et des modes d'expression de la religion nationale, le Bouddhisme. Par consequent, le Temple rend hommage a son Maitre, qui est omnipresent dans l'enceinte de ce lieu sacre (plus de milles representations du Bouddha dans l'enceinte du Temple !). Et l'or coule a flot quand il s'agit de representer l'incarnation millenaire de la sagesse...
Ce visage narquois (en haut a droite) est celui du Maitre de la demeure, le fameux Bouddha Couche, qui fait le prestige et le succes du Wat Pho.
Couche, voila pourquoi... Il occupe tout l'interieur du temple de ses 46 metres de long et de ses 15 metres de haut ! Selon la croyance Bouddhique, il est cense representer le passage du Maitre vers le Nirvana... un Nirvana bien agreable, si l'on en juge au regard satisfait et moqueur de l'interesse !
Sa Wad Dee ka ;-)
04 mai 2005
Peintures celestes : Couche de soleil et jeux de nuages
Quatre mois... Une poignee de sable dans un ocean d'annees, mais un temps decuple en terme d'experiences.
La vie a l'etranger est dure, poignante, enrichissante, fatiguante, motivante, enervante, revoltante... destabilisante. La confrontation culturelle est riche, amusante, agacante, frustrante, demotivante... ou excitante. La difference est en nous, en eux, dans notre coeur, dans notre corps, dans notre esprit. La critique est facile, apaisante, liberatrice, inevitable... humaine. La tolerance est essentielle, difficile, ephemere... et raisonnable.
En quatre mois, j'ai appris sur "eux" comme j'ai appris sur moi. J'ai appris sur le monde et sur les relations humaines. La difference me donne a penser : je critique et je tolere, j'apprecie et je deteste. Dans mes jugements, je suis faible. Dans mon envie d'apprendre, je suis forte. Parfois, j'ai envie de crier : ce pays qui ne me comprend pas pourrait me rendre folle. Mais je sais que le plus fou serait de ceder, ceder sous le poids de ces differences qui m'apportent tant.
Alors, dans mes moments de faiblesse, je jette un regard sur un horizon qui met tout le monde d'accord, ou la beaute d'un paysage unit ce monde dans un meme regard. Pour tous, un meme ciel. Pour tous, un meme soleil qui se couche...
Dimanche 1er Mai 2005, 18h20-18h45, Banthe, Thailande
Bouquet final. Pas de pinceau pour cette grande toile celeste...
... Fin du spectacle.
S'enfuir un moment des realites trop concretes pour se laisser porter dans des decors envoutants...
Oublier les faux problemes et apprecier la vie !